3 avril 2025 |

Ecrit par le 3 avril 2025

La pauvreté et la précarité exacerbées par la crise sanitaire

C’est ce qui ressort du ‘Baromètre 2020’ publié par le Dros (Dispositif régional d’observation sociale) et présenté tout récemment aux membres de la commission ‘Prospective’ du Ceser-Sud (Conseil économique, social et environnemental régional de Provence Alpes Côte d’Azur).

Cette étude de l’année écoulée analyse les données des Caisses d’allocations familiales (Caf), des conseils départementaux, des communautés d’agglomérations, des communes, des associations et des experts sur le terrain.

De forte inégalité en Paca
Premier constat : la pauvreté frappe des territoires déjà fragilisés avant la crise. 17% des ménages vivent sous le seuil de pauvreté (soit 860 000 personnes, dont 25% de jeunes de moins de 30 ans), le revenu mensuel médian s’élève à 1733€ par ménage, 1041€ par personne et la Provence est la 2e région métropolitaine la plus inégalitaire de France avec une densité plus marquée dans les bassins de vie du Grand Avignon, du Ventoux, du Comtat et d’Arles, mais aussi des Métropoles (Aix-Marseille-Provence et Nice).

Impact sur le marché du travail
La crise induite par le coronavirus a eu un impact direct sur le marché du travail avec une hausse généralisée des demandeurs d’emploi, notamment chez les hommes (+6,5%) et les jeunes de moins de 25 ans (+9%). Du côté des employeurs, réduction des embauches et recours aux dispositifs d’activité partielle. 241 000 personnes ont été privées d’emploi pendant le confinement, dont 3% dans l’industrie (-5 300 emplois), 2,4% dans le tertiaire (-22 200 emplois) et 7,8% dans la construction (-9 300 emplois). Avec la baisse des touristes, nombre d’emplois saisonniers n’ont pas été pourvus. A signaler qu’un milliard d’euros a été versé aux entreprises pour les aider à survivre pendant cette crise.

Fracture numérique avec le RSA ?
Forte hausse également du nombre de bénéficiaires du RSA (Revenu de solidarité active) : +9% (9,3% dans le Vaucluse, soit 17 798). Cette aide solidaire a touché 313 205 allocataires, avec leurs familles cela représente 716 000 personnes. Mais il faut savoir par exemple que d’après le Secours Catholique, un tiers des personnes accueillies sont éligibles au RSA et ne le perçoivent pas car elles n’ont pas d’ordinateur et ne savent pas faire de demande dématérialisée par internet.
La précarité alimentaire aussi s’est nettement accrue. 4 tonnes en plus d’aliments ont été distribués à 12 000 bénéficiaires supplémentaires, en raison notamment de la fermeture des cantines scolaires, de la paupérisation des étudiants, des personnes âgées et des familles monoparentales. Pourtant, là aussi l’Etat a mis la main à la poche, apportant 5,7M€ d’aides au lieu d’1M€.

Jeunes et seniors en première ligne
Les jeunes ont été particulièrement touchés par cette crise sociale et économique. Dans le Sud-Est, 100 000 d’entre eux ont moins de 25 ans et sont sans qualification, sans emploi, ni en études, ni en formation. « Le risque de chômage prolongé par la crise pourrait les plonger dans une précarité permanente, voire les exclure de la vie sociale » explique Julie Bertrand, directrice du Dros. Faute de petits boulots, ils ont du mal à se nourrir, se vêtir, se soigner, payer le loyer, les charges, ils ont recours aux Restos du Cœur et aux colis alimentaires pour survivre.
Autre génération fragilisée, celle des personnes âgées. Les plus de 75 ans représentent 11% de la population de Provence Alpes Côte d’Azur et 40% d’entre elles vivent seules. 17% d’entre elles n’ont pas mis le nez dehors pendant des mois par peur du virus notamment. Or le confinement social aggrave l’état psychologique et conduit souvent à une perte d’autonomie et à une plus grande vulnérabilité. A noter que dans le Vaucluse certaines associations se sont mobilisées, autour de Vaison et du Ventoux, par exemple, pour appeler régulièrement les seniors, prendre de leurs nouvelles, leur livrer des denrées alimentaires et des médicaments.

Sous le radar des aides
Enfin, cette crise sanitaire a aggravé une crise sociale déjà existante. Jeunes décrocheurs, étudiants précaires, saisonniers au chômage (tourisme, agriculture, BTP), demandeurs d’asile, SDF, personnes âgées isolées, micro-entrepreneurs qui n’ont pas de revenus antérieurs et donc passent sous le radar des aides.
Le chiffre le plus parlant de cette période difficile concerne la mise à l’abri des plus vulnérables. En 2019, il y avait chaque jour environ 620 places d’hôtel à la disposition des plus démunis pour passer la nuit sous un toit. On est passé à 2 433 en 2020, quatre fois plus, soit une augmentation de 293% et 6 centres d’hébergement d’urgence ont été ouverts pour faire face à la demande. Avant c’étaient des personnes seules, maintenant ce sont des familles entières et des sans abri qui affluent.
Le Dros conclut son rapport par une mobilisation exceptionnelles des professionnels, des élus de tous bords, une aide immense des associations, des bénévoles, une solidarité accentuée, des élans de générosité insoupçonnés, la mise en place de dispositifs transversaux au plus près des populations. Et un esprit d’innovation pour détecter les tendances émergentes fortes, anticiper et intervenir encore plus efficacement à l’avenir pour lutter contre toutes les formes d’exclusions.


La pauvreté et la précarité exacerbées par la crise sanitaire

L’Envol, association de garde d’enfant en crèche et en domicile située à Carpentras, vient d’être récompensée par la fondation Crédit coopératif. Cet acteur de l’économie solidaire qui œuvre à destination des parents précaires décroche le 1er prix régional, devançant deux structures à Marseille et Briançon.

Parents isolés ou en situation de précarité

Pour les parents ayant des contrats de courte durée, des rythmes de travail saisonniers ou des horaires élargis, la garde d’enfant peut devenir véritable casse-tête. L’association L’envol a ainsi imaginé un service de crèche et de garde à domicile répondant aux besoins de familles en insertion. Installée à proximité de territoires où le taux de chômage est élevé, la crèche permettra de faire garder ses enfants durant la journée et la garde à domicile viendra couvrir les horaires complémentaires entre 5h et 22h. Ce service est subventionné et sera accessible à un prix très réduit pour les familles.

Avec un taux de chômage de 11% en 2019 contre 8,2% en France métropolitaine (Insee), le département du Vaucluse est particulièrement concerné par les difficultés d’emploi. La crise sanitaire n’a fait que renforcer l’instabilité professionnelle de cette région touristique. La garde d’enfants est un élément renforçant les difficultés face à l’emploi et celle-ci est fragilisée lorsque les parents sont concernés par des horaires de travail dits « atypiques ». De plus, dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, les projets d’embauche liés à une activité saisonnière représentaient 44%3 des projets d’embauche en 2019, attestant de l’importance de cette économie sur le territoire, qui sont pour la moitié des contrats de deux mois.

Innovation sociale

L’édition 2021 des ‘prix de l’inspiration en Economie sociale et solidaire’ de la fondation Crédit coopératif récompense des acteurs engagés qui mettent en œuvre des projets utiles dans toute la région Sud. ‘L’envol’ s’est hissé à la première place des 62 candidatures réceptionnées. « Pleinement intégrés dans leur territoire, ces 3 lauréats apportent des réponses concrètes à de nombreux défis de société, dans un contexte de crise économique et sociale, démontrant ainsi leur rôle d’innovation sociale. Acteurs de la résilience, impactants et engagés, ils participent à une transition écologique et sociale, » précise la fondation. Les projets des lauréats seront étudiés pour participer à l’automne à la sélection nationale.


La pauvreté et la précarité exacerbées par la crise sanitaire

Le dispositif des corbeilles solidaires a été mis en place par la ville d’Avignon dès le premier confinement, répondant ainsi aux besoins du public seniors mais aussi des personnes en précarité.

La tarification permet de rendre accessible ces corbeilles au public le plus en difficulté puisque la Ville finance une partie des corbeilles qui sont élaborées avec les produits du supermarché solidaire. Les corbeilles sont à commander auprès de la Cellule Solidarités Seniors au 04 13 60 51 45 ; 04 13 60 51 46 ou par mail : corbeillesolidaire@mairie-avignon.com.

8 282 corbeilles distribuées à ce jour

Pour les avignonnais les plus fragiles et les plus isolés, jeunes et moins jeunes, 160 corbeilles de produits alimentaires sont en moyenne livrées chaque semaine grâce à ce dispositif solidaire créé en partenariat avec l’association Icipass (supermarché solidaire de Montfavet). 8282 : c’est le nombre de corbeilles distribuées depuis la création du dispositif, dont 7 460 corbeilles alimentaires, 488 corbeilles hygiène et 334 corbeilles dédiées aux étudiants.

Les corbeilles représentent un coût réduit pour le bénéficiaire :

  • corbeilles alimentaires pour 3 ou 4 jours au prix de 10,5 € (coût pour la collectivité 15 € /coût en grande surface 48 €) et de 14 € (coût pour la collectivité 20 € / coût en grande surface 70 €) ;
  • corbeille hygiène mise en place à la demande des usagers au prix de 5 € (coût pour la collectivité 6 € / coût réel = 11 €).

Gratuité pour les étudiants

Le dispositif s’est ouvert aux étudiants qui, pour les plus défavorisés, n’ont plus la possibilité de recourir à un emploi en intérim ou un petit travail. Entièrement gratuite grâce à un partenariat entre la Ville et l’Université d’Avignon, la corbeille étudiante comprend des produits variés pour 4 jours de repas ainsi qu’un produit d’hygiène (qui change à chaque fois). Ce modèle est également à commander auprès de la Cellule Seniors et est livré les lundis et jeudis soirs à partir de 17h. La livraison s’effectue, soit en centre-ville sur le campus Hannah Arendt (entrée rue Pasteur), soit sur Agroparc sur le parking des étudiants (entre l’IUT/CERI et le bâtiment des sciences).

Les étudiants d’Avignon Université doivent impérativement réserver chaque semaine leur corbeille directement auprès de la Mairie, afin de limiter tout gaspillage. Ces corbeilles s’adressent aux étudiants boursiers, aux étudiants internationaux (sous condition de ressources), et plus largement à tous les étudiants d’Avignon Université. Il appartiendra à chaque étudiant d’attester de son niveau de revenus (attestation de bourse, attestation de revenus ou tout autre document pouvant attester de ses conditions de ressources). Les étudiants vivant au domicile parental ne peuvent pas bénéficier de ce dispositif.

Le tissu associatif en renfort

Par ailleurs, accompagnées par la Ville qui, en partenariat avec les producteurs locaux fournit chaque semaine 2 000 euros de fruits et légumes, plusieurs associations caritatives assurent des distributions alimentaires :

  • Mieux vivre- maison des associations / reine jeanne, 3 rue peniscola
  • Secours populaire – 4 rue mourre
  • Etude et partage – épicerie sociale – 22 avenue de la croix des oiseaux
  • Restos du cœur – 14 avenue de l’etang
  • Secours catholique- 147 avenue de tarascon
  • Croix rouge – épicerie solidaire – 20 boulevard henry dunant
  • Association soif d’apprendre – 423 chemin des canotiers
  • Ordre de malte – 116 rue carreterie
  • Entraide eglise protestante – le temple st martial – 2 rue jean henri fabre
  • Espace nouvelles solidarites – 3 bis place de la marelle

La pauvreté et la précarité exacerbées par la crise sanitaire

En France, plus de 3 millions de ménages seraient concernés par la précarité énergétique. Un chiffre qui a été communiqué par l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE) dans son dernier rapport annuel et qui attire l’attention sur la situation de ces foyers contraints de passer l’hiver dans un logement mal chauffé ou de consacrer une part très importante de leur budget à leurs dépenses d’énergie.

Comme l’indiquent les données d’Eurostat, la précarité énergétique, au sens de ne pas être capable de chauffer correctement son logement par manque d’argent, touchait près de 7 % des ménages de l’Union européenne en 2019. Mais la gravité de la situation varie fortement d’un pays à l’autre. C’est en Bulgarie et en Lituanie que la part des foyers ayant des difficultés pour se chauffer était la plus grande, respectivement 30,1 % et 26,7 %. Mais la proportion était également supérieure à la moyenne dans les pays du sud-ouest de l’Europe, comme l’Espagne (7,5 %) et l’Italie (11,1 %). En France, elle s’élevait à 6,2 %, soit légèrement inférieure à la moyenne européenne, alors que l’Allemagne (2,5 %) et la Finlande (1,8 %) figuraient parmi les pays qui s’en sortent le mieux.

Ce sont généralement les personnes seules, jeunes et les familles monoparentales qui sont les plus exposées à la précarité énergétique. Dans toute l’Europe, environ un dixième des foyers monoparentaux éprouvait des difficultés financières pour se chauffer convenablement.

De Tristan Gaudiaut pour Statista  

https://echodumardi.com/tag/precarite/page/2/   1/1