3 avril 2025 |

Ecrit par le 3 avril 2025

Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Si on vous dit Coline Serreau ? On répond immédiatement Trois hommes et un couffin

Mais connaissez vous Coline Serreau la trapéziste ? La dénicheuse de talent hip hop, la metteuse en scène d’Opéras à Bayreuth, la présidente de l’académie Fratellini, bien sûr la réalisatrice de Trois Hommes et un Couffin mais aussi de La Crise avec Maria Pacôme.

Une seule en scène radieuse et décapante

Elle n’a pas changé : toujours son beau sourire et sa chevelure de lionne. Elle va nous raconter sans chichi sa « belle histoire », histoire d’une vie bien remplie avec de belles rencontres, des anecdotes cocasses et des dessous de tournages hilarants. Des documents d’archives sont projetés judicieusement pour permettre  de découvrir des pépites telles que l’Opéra « la Chauve Souris» monté en hip hop , André Dussolier s’essayant x fois à une réplique dans Trois Hommes et un couffin ou Maria Pacôme en tournage à l’abri d’une borie. On rentre aussi dans l’intimité familiale avec l’arrivée de la télévision, le branchement de la machine à laver , la recherche d’argent de poche. Bref un spectacle comme on les aime où à travers un personnage familier on (re)découvre une époque, des souvenirs qui ressurgissent, des pensées qui se rejoignent.

Il n’y avait que deux dates pour Coline Serreau à la Scala Provence correspondant aux deux lundis de relâche. Le spectacle peut se voir en automne 2024 au Théâtre Michel à Paris.


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Alexis HK et Benoit Dorémus nous invitent dans leur loge

On a l’habitude de voir ces deux chanteurs dans des salles beaucoup plus grandes. Ici, ils choisissent de nous raconter leur amitié en chansons en nous invitant dans leur loge. 

Ils sont assis de part et d’autre d’une table : fleurs, fruits, verres d’eau tels qu’on se l’imagine. Il y a le silence avant l’entrée en scène, les blagues potaches pour évacuer le stress, les questions saugrenues, les accords de guitare. Ils se vouvoient avec distinction pour mieux nous asséner une chute triviale ou lourdingue assumée. Ils jouent autant entre eux qu’avec leurs instruments. 

Des chansons qui ne devraient jamais sortir des loges

Il y a des pensées, des secrets qu’on ne dit qu’à un ami. Avec l’Ami, on peut se dire l’impensable, l’inavouable. Ainsi sont leurs confidences « so british », un brin dandy avec juste ce qu’il faut de dérision et d’humour pour en saisir le propos tout en riant de bon cœur : on se moque des survivalistes, on mélange I Can See Clearly Now de Jimmy Cliff avec Marche à l’ombre de Renaud, on fustige le racisme et la misogynie de Melissa de Julien Clerc alors même que l’on entonne volontiers « Ce que tu es belle quand j’ai bu » d’Alexis HK. Dino, la tractopelle de Michel Fourniret ne peut être chanté que pour le public averti que nous sommes. Quand ils parlent de leurs expériences de concert en appartement à Conflans-Saint-Honorine pour compléter des cachets d’intermittents, ça sent le vécu !

Une belle parenthèse dans « leur carrière » que cette pause festivalière

On les connaissait sur scène pour la plupart d’entre nous, on les découvre, fragiles dans leur loge. On comprend que l’idée de ce spectacle est un bonheur pour eux, une histoire d’amitié et de parcours du combattant dans le paysage impitoyable de la chanson à textes en France. L’air de rien, ils dévoilent avec dérision leurs talents d’acteurs, de compositeurs, de musiciens et ça fait un bien fou.

Jusqu’au 21 juillet (relâche le 17). 21h10. 14 et 20€. La Manufacture. 2 bis Rue des Ecoles. Avignon.


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Tiago Rodrigues et Pierre Gendronneau étaient on ne peut plus radieux pour faire un pré-bilan public de ce festival de tous les dangers annoncés – crainte d’une baisse de fréquentation due aux dates, aux Jeux olympiques et aux élections – ce lundi dans la cour du Cloître Saint Louis à une semaine de la fin de cette 78ᵉ édition. 

Avant d’en venir aux chiffres, le directeur Tiago Rodrigues a tenu à conforter son choix d’organiser la Nuit d’Avignon, non pas pour se justifier face aux critiques reçues, mais pour réaffirmer que le Festival d’Avignon a toujours été depuis Jean Vilar un festival de résistance, que la Cour d’honneur a toujours été le meilleur plateau pour s’exprimer. Il s’est félicité que dès le 8 juillet, après le résultat des élections législatives, « ce festival de résistance soit devenu un festival de célébration. » 

Les chiffres parlent d’eux-même

Pendant  23 jours : 
• 35 spectacles et 2 exposition
• 218 représentations payantes, 5 en entrée libre et deux expositions
• 121 508 entrées à la vente (hors entrées libres)
• 60 débats et rencontres, rendez-vous tout public dans le cadre du Café des idées
• Plus de 300 rendez-vous en cumulant spectacles, rencontres, lectures, débats, projections
• 34 lieux dont 20 extramuros
• 29 créations en 2024  qui représentent 83% de la programmation (+5% que 2023)
• Deux tiers de la programmation sont des premières mondiales (21 créations au Festival d’Avignon 2024, soit 60% de la programmation)
• 25 projets produits ou co-produits par le Festival (70%)
• Parité absolue avec 19 femmes (50%) et 19 hommes (50%)
• L’artiste complice Boris Charmatz : volets de spectacles, un atelier chorégraphique, des rencontres au café des idées (Café complice, Foi et Culture), Territoires cinématographiques
• Transmission Impossible : 50 participants français et internationaux venus de Taiwan, de Corée du Sud, du Portugal et de Lituanie
• Langue invitée : 30 % de la programmation en relation avec la langue invitée espagnole, 55% de porteurs de projets étrangers soit 11 nationalités représentées, une communication trilingue
• Première fois : 54 % des artistes sont invités pour la Première fois au Festival d’Avignon et plus de 7000 personnes touchées

Retour vers un futur prometteur

Une certitude : le Festival 2025 aura lieu en juillet, pendant trois semaines au moins et avec la perspective d’avoir des dates communes avec le festival Off. L’artiste complice sera la chorégraphe Marlène Montero Freitas qui fera l’ouverture de la Cour d’honneur. Poursuite de l’idée d’une langue invitée — et non pas d’un pays, trop réducteur — qui sera l’arabe, en partenariat avec l’Institut du Monde Arabe.  Le projet ‘Démonter les remparts pour finir le pont’ de Gwenaël Morin est reconduit, l’auteur et metteur en scène Milo Rau créera « Pièce commune – Volksstück » en tournée à Avignon et aux alentours, en partenariat avec le Wiener Festwochen (Autriche).


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Pour cette 9ème édition concoctée par les élus de la mairie en partenariat avec le Festival Off d’Avignon, les Jeunes Vignerons de l’appellation et la Distillerie A. Blachère « Châto ‘Off les Murs » se veut culturel, divers et accessible à tous et attire chaque été des milliers de spectateurs dans un cadre à couper le souffle.

Ce lundi 15 juillet, Caroline Vigneaux Véritas ©Emmanuel Chandelier

La sélection propose :
– le lundi 15 juillet, Caroline Vigneaux Véritas
– le mardi 16 juillet, « Bel Ami » d’après le roman éponyme de Guy de Maupassant.
– le mercredi 17 juillet, soirée dédiée aux enfants avec « Le loup en slip » et « La folle histoire de France »
– le jeudi 18 juillet « Le dîner de cons »
– le vendredi 19 juillet pour la dernière soirée, Léon le Magicien dans un « Magic best of ».

L’espace de petite restauration ce lundi 15 juillet ©Emmanuel Chandelier

Les représentations ont lieu à 21h 30, mais auparavant, tous les soirs, dès 19h, le public est invité pour l’apéro au Bar à vins des Jeunes vignerons du village, Bar à Sirops de la distillerie A. Blachère et à une petite restauration servie sur planches, charcuteries, fromages, tapenade, anchoïade et melon.

Une semaine conviviale, familiale, bon enfant avec vue sur les vignes de Châteauneuf-du-Pape, le Rhône et même à l’horizon, dans le lointain, le Palais des Papes. Tarifs : 5€ enfants de plus de 11 ans – 10€ adultes – gratuit mercredi.

Ce lundi 15 juillet, le discours de présentation devant plus de 500 personnes de Yannick FERAUD, Conseiller Municipal en charge de l’Urbanisme – Aménagement, Circulation – Sécurité, Grands Evènements, Environnement, Cadre de Vie et Tourisme, Histoire et Patrimoine ©Emmanuel Chandelier

Du Lundi 15 au Vendredi 19 juillet 2024.
Cour de l’Ecole Camus – Av. Baron Leroy

Dès 19h00 :
Bar à vin des Jeunes Vignerons de l’AOC
Petite Restauration
Bar à sirops de la Distillerie A. Blachère
Ambiance musicale live

21h30 Représentation théâtrale

Office de Tourisme
04 90 83 71 08
accueil.chateauneufdupape@paysdorange.com


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Il faut d’abord créer du lien, faire communauté

Après une arrivée intrigante où vases en argile et personnages statufiés nous font presque une haie d’honneur dans le long couloir du lycée Saint Joseph, nous nous trouvons face à une masse inerte et sombre sur le plateau… Très vite, le rire vient avec les recommandations d’usage d’avant spectacle faites par Camille Decourtye, un peu empruntée. Puis la situation vire au burlesque avec un pot cassé, un essai de remplacement en direct sur un tour de potier, une blague douteuse. Les comédiens s’installent, un chant a capella s’élève et Patatras ! Nous luttons avec le groupe pour tenir en équilibre sur l’argile glissante qui se répand sur le plateau.  Il ne s’agit plus simplement de faire corps, mais de tenir son corps. On rit bien sûr malgré la virtuosité de cette chorégraphie de glissades et de culbutes, cette solidarité en action. L’euphorie va ensuite laisser place pendant tout le spectacle à la fascination de la mise en corps et en espace de la question Qui Som ?

« Qui sommes-nous ? » de la Compagnie franco-Catalane Baro d’evel fondée par Camille Decourtye et Blaï Mateu Trias 

C’est un spectacle qui nous engloutit et/ou nous libère. La masse grise, formée de lambeaux, dressée sur le plateau nous fascine et en même temps nous fait frémir. Elle est vivante, mue par le vent ? Par des corps ? Elle avance, nous avale, nous rejette, nous inquiète même si elle peut servir de refuge, de cachette — sauf pour le chien plus perspicace que nous — ou de paroi à franchir. 

Un spectacle fascinant où le propos prend littéralement forme 

Un spectacle féerique, ou plutôt fascinant, devant tant d’intelligence, d’inventions. Preuve que l’on peut sensibiliser aux enjeux écologiques, croire à la solidarité, retrouver la joie du groupe, magnifier le corps et le vivant, prendre soin de l’autre, chien ou humain, s’affranchir des frontières, braver l’inconnu, explorer les mystères, s’essayer à faire, à croire et recommencer sans cesse.

La liste est longue de tous les possibles que nous ouvre ce spectacle qui n’en finit d’ailleurs jamais puisque «  le monde n’est pas fini » La metteuse en scène et comédienne Camille Decourtye nous invite avec son haut-parleur à la suivre dans la cour du lycée Saint Joseph et à ne rien lâcher, à ne pas laisser tomber, à croire encore et toujours qu’un autre monde est possible. La jubilation devient fête, on a envie d’embrasser son voisin, de rester encore et encore, d’apprendre à façonner un vase en argile, grimper sur des lianes imaginaires, adopter un chien, se laisser tomber dans les bras d’un inconnu…..

Mais qui suis-je pour parler ainsi ?

Une spectatrice qui n’a pas envie de raconter l’histoire, de dévoiler l’indicible. Qui som ? C’est une somme d’émotions, d’inventivité, de création en direct même si ce sont des mois et des mois de travail de la part de ces 13 artistes touche-à- tout venus de la danse, du cirque, du théâtre de rue, de la musique. C’est un appel tous les soirs de représentation à agir pour un monde meilleur, dans la joie, avec les aléas du vent, du corps, de la fatigue, du groupe. 

Il fallait y être, il faudra y revenir. Le spectacle ayant été filmé, possibilité de le voir en replay sur Arte.TV.

Qui Som ? Festival D’Avignon. Date des tournées en France et étranger sur festival-avignon.com


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Pas besoin de passeport pour se rendre dans ces territoires de la République qu’on dit souvent « perdus. » En fait, il s’agit d’un « seul en scène » de Xavier Berlioz, né en 1969 à Villeurbane et consacré à la 1ʳᵉ cité dynamitée en France en 1982, la « Barre Olivier de Serres. » Comme l’a été en 2001 à Avignon, La Tour Apollinaire avec ses 430 appartements, sur la Rocade.

À l’époque, Xavier Berlioz a 13 ans quand il assiste à l’effondrement de cette tour, dans un nuage de poussières de béton, de verre et de ferraille, dans un fracas qui brise son cœur et fait voler en éclats son enfance. C’est pour lui l’occasion d’évoquer sa jeunesse, son quartier, son copain dans l’immeuble d’en face, les petites gens, les Pieds-Noirs, les Harkis, le racisme, voire d’ostracisme.

Tour à tour, il évoque les stars de l’époque, Mireille Darc et Mireille Mathieu, Carlos, Marie Myriam, les émissions de Guy Lux, le feuilleton de la seule chaîne en noir et blanc de l’ORTF, Thierry La Fronde. Les déménagements de bric et de broc avec des sacs tricolores empilés et mal ficelés sur le toit des Ami 8 Citroën et des 405 Peugeot, le marchand de glaces qui klaxonnait au pied de la tour, l’été, et qu’on attendait avec impatience. Les vautours qui venaient chercher leur loyer en cash. Le berger rebelle du djebel aux mains tachées par le henné et les doigts jaunis par le tabac. « Tous les habitants vivaient là, dans ce melting pot, Monsieur Zaouche, l’épicier ouvert tous les jours et tard le soir et Monsieur Durant qui n’aimait pas beaucoup les étrangers ». Les riverains qui constataient « On n’est plus chez nous » après la Guerre d’Algérie, les Accords d’Evian et les bâteaux en provenance d’Alger qui larguaient sur la Joliette, à Marseille, leur cargaison humaine et exilée à jamais, de 800 000 Pieds-Noirs et 41 000 Harkis avec sur les murs des tags tracés au bitume : « La valise ou le cercueil » en guise de messages d’accueil…

Au bout de décennies de cohabitation chaotique, de ghettoïsation, de trafics en tous genres, de pauvreté, la mairie de Villeurbane a promis de « raser gratis » tous ces immeubles pour un lendemain meilleur. « La vermine » comme l’appelaient certains, était assiégée. Les fenêtres murées, les locataires chassés, parfois relogés loin, très loin. Le terrain, entre bitume et béton, était « de plus en plus vague » explique Xavier Berlioz, la vie a disparu à petit feu, la mémoire non. Cet « holocauste urbanistique » a été effacé, rayé de la carte pour faire place nette. De lieu de vie pour des centaines de familles, il est devenu no man’s land. 

En une heure, nous passons du rire aux larmes, de l’insouciance de l’enfance au drame. « La cité j’y retourne quand je veux », conclut l’auteur-interprète de ce « Voyage en territoires perdus ». Une « Symphonie Fantastique » de mots, d’émotions, de tendresse, de nostalgie signée Berlioz. Pas Hector, mais Xavier Berlioz, en collaboration avec Sabrina Delarue. À voir absolument jusqu’à dimanche 21 juillet à 10h50.

Xavier Berlioz, auteur, comédien et metteur en chène de ‘Voyage en territoires perdus’.

Contact : Théâtre des Béliers – 53 Rue du Portail Magnanen – Avignon


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Le groupe Merci se joue des contes de Charles Perrault

Le groupe Merci, qui nous vient de Toulouse, aime maintenir dans ses choix artistiques « des îlots pour s’exposer aux questions qui maintiennent éveillés et pour creuser nos inquiétudes. Des îlots pour dire avec drôlerie nos catastrophes, nos colères, nos inquiétudes sans chercher la fin réconciliatrice. » Il aime les sujets tabous : dans le In en 2022 à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon, il dialoguait volontiers avec les morts. Dans la charmante cour du Musée Angladon, il s’empare des contes de Charles Perrault réécrits par l’auteur contemporain Emmanuel Adely. 

De l’importance des contes de fées

On a beaucoup écrit sur les contes, leur utilité, leur rôle de médiation, capables de guérir, soigner ou aider à grandir selon Bruno Bettelheim ou Françoise Dolto. Ici point de circonvolutions psychanalytiques : le constat est dur et brut. Nos « héros » d’hier sont encore ceux d’aujourd’hui. Seule la langue a opéré un déplacement. Les riches en yacht n’ont rien à envier aux rois et reines d’antan. Les princesses d’hier sont les népo baby d’aujourd’hui. Les questions d’inceste, de domination, de pauvreté sont toujours des réalités. #MeToo a pris le relais pour nous conter des histoires qui n’ont rien de fictif. 

En guise d’introduction

L’entrée en scène sur un drôle d’engin à chenilles des deux comédiens donne le ton : on rira, mais on n’éludera rien. Campés sur un terrain de golf, ils entament un dialogue ping-pong, jouent du contre point, et plantent le décor d’un monde résolument moderne de réseaux sociaux, jets et soirées privées, avec des hommes riches, laids et vieux et des femmes idiotes, jeunes et belles. Mais ça n’existe que dans les contes de fées n’est-ce pas ? Il était une fois… mais ça se répète tout le temps.

Trois contes et quelques

Au cours du spectacle, trois contes seront totalement identifiés et racontés : Peau d’âne, Le Petit Chaperon rouge et Barbe Bleue. Mais la pomme lancée par un club de golf ou les cailloux semés en interlude nous incitent, même longtemps après le spectacle, à revisiter dans notre tête tous les contes de notre enfance et on ne peut que frémir devant la pertinence et la modernité malheureuse de ces histoires. 

Un ressort comique, une langue incisive, des comédiens qui ne s’en laissent pas conter

Il y a bien sûr le récit, qui est transposé dans un monde «  altermondialiste, écologique et anticapitaliste » avec des zadistes, des clodos, des accros, des influenceuses… Mais le rire vient aussi de la construction des histoires qui cochent tous les codes et invariants du conte : univers merveilleux avec des personnages hors du commun qui vont connaître des aventures flamboyantes etc. Les détails de rêve sont conservés, le principe d’énumération aussi.  Et les comédiens évoluent précisément, mais librement dans cet entre-deux spatio-temporel. 

Quand l’enfant devient une proie, le rire s’éteint

La première partie du spectacle nous a mis en confiance et permis de rire de tous les travers de notre société moderne. Quand Lou — fille ou garçon — entre dans l’antre de Mère Grand qui peut être « un professeur, un journaliste, un homme politique, un universitaire, un écrivain… » même les cigales se taisent. On ne peut s’empêcher de se tourner vers Charles Perrault, dignement installé au premier rang, un peu gêné, arborant une moue suffisante… et le gazon extirpe les cadavres de plusieurs siècles de silence. 

Il était une fois…..une fois de trop quelquefois. 

Jusqu’au 21 juillet. Relâche le 17. 10h30. 14 et 20€. Musée Angladon. 5 rue Laboureur. Avignon. Billetterie sur place ou www.lamanufacture.org


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

La Compagnie basque Hecho en casa a planté le décor cette année dans la grande salle du gymnase de Présence Pasteur. Le public est installé sur des gradins de part et d’autres d’une grande table de ferme qui servira de plateau pour nous servir… l’histoire d’une vie peu commune. 

Née en 1922, Blanche est une petite vieille espiègle et fort sympathique même si quelquefois son sourire cache des grimaces équivoques. Elle nous invite au grand banquet de sa vie. Cette fiction librement inspirée par la propre épopée familiale de l’autrice et comédienne Mélanie Vinolo nous touche immédiatement tant son appétit de vivre et de jouer est communicatif. 

Le fil conducteur de ce spectacle est la recette du bonheur

Sa vie n’a pas toujours été facile : le travail à la ferme avec les corvées, le départ pour la guerre de son frère adoré, sa mère sévère face à une tante plus magnanime, ses lectures de Boris Vian ou de Lorca, l’émotion du premier baiser, le départ vers la capitale. Sa mémoire vacille, les fantômes du passé surgissent de l’armoire quand ce n’est pas l’infirmier de la maison de retraite où elle vit désormais qui la ramène à une réalité dont elle veut s’évader : l’heure est venue en effet de tirer sa révérence, mais Blanche veut nous faire un dernier cadeau et soigner son départ. En cuisinant une improbable soupe aux légumes, elle compte bien nous donner une ultime recette de vie. De l’action surgit un souvenir, d’un regard une anecdote fuse, et en un tour de cuillère à pot, entre farine, neige ou plumes, l’histoire d’un siècle est reconstituée avec tendresse. 

Une mise en scène intuitive qui reconstitue le puzzle d’une mémoire vacillante 

La grande table sert de lieu d’ancrage. On y mange, on y danse, on y dort, c’est un quai de gare ou le toit de la grange. Elle conduit vers la grande armoire qui recèle tous les secrets d’une vie et dont les portes libèrent la mémoire de Blanche. Les trois autres comédiens qui jouent plusieurs rôles excellents dans des registres très divers. Une soirée pimentée, mais néanmoins poétique. 

Jusqu’au 21 juillet. Relâche le 15. 22h. 8 à 19€. Présence Pasteur. 13 rue du Pont de Trouca. Avignon. 04 32 74 18 54.


Coline Serreau seule en scène et sans filet à la Scala Provence

Dans le gymnase du lycée Mistral, les sierras d’Argentine se détachent sur un voile blanc et les sonnailles des troupeaux évoquent déjà le rassemblement et la réconciliation annoncée.

Tiziano Cruz, auteur et interprète de Wayqeycuna a choisi de clore sa trilogie (Adios Matepac et Soliloquio) commencée en 2022 à la mort de sa sœur et nous ramène dans son pays, après 25 ans d’absence. Il pose là un acte politique fort en renouant avec sa communauté du nord de l’Argentine par la langue « le quechua » et par ses traditions : le partage du pain.

Retour aux origines

Il alterne un discours frontal où il nous offre son corps et son âme en habit traditionnel ou un discours beaucoup plus politique et engagé avec les « sans dents » d’un monde qui se meurt dans un capitalisme décomplexé. La poésie et l’émotion affleurent continuellement, servis par un texte fort, un propos incisif atténué par un film d’une grande beauté où les moutons semblent s’envoler dans les brumes de ses montagnes andines. Dos tourné, Tiziano devient notre guide spirituel face à l’écran. 

Un adieu qui est une fête

À la fin du spectacle, il distribue du pain fabriqué lors de deux ateliers.  Le pain est un symbole important pour l’artiste, car porteur d’une culture et d’un savoir-faire ancestral propre à sa communauté du nord de l’Argentine. Et là, il peut sourire et laisser éclater sa joie d’avoir partagé ce moment autobiographique. 

Samedi 13 juillet. 11h. Dimanche 14 juillet. 11h et 18h. Gymnase du Lycée Mistral. Entrée boulevard Raspail. Festival d’Avignon. Cloître Saint-Louis, 20 rue du Portail Boquier, Avignon. 04 90 27 66 50.

https://echodumardi.com/tag/festival-davignon/page/2/   1/1